5e Conférence francophone VIH-sida : Casablanca 2010 : mardi
Albert Martin
Reportage : Youssef Shoufan
Cette conférence, relativement modeste par rapport aux « grandes » comme celles de l’IAS, a un programme très varié et très dense. Il est absolument impossible d’assister à toutes les présentations. La recherche communautaire et les études non médicales occupent une place importante, autant dans les présentations orales que dans les affiches.
Dimanche, on s’interrogeait déjà sur la démarche communautaire au Symposium Plus : entre autres sujets, la place des PVVIH dans la prise de décision avec Henri Mukumbi de l’association AMO CONGO ou Ce qui a changé et ce qui reste à faire avec Vincent Pelletier de la Coalition Plus, mais aussi directeur général de AIDES. Lundi c’était au tour de Mélina Bernier de la COCQ-sida et de Viviane Namaste de l’université Concordia de nous expliquer les principes et valeurs de la recherche communautaire dans une salle bondée trop petite. Enfin, mardi, on nous parle des travailleurs et travailleuses du sexe, de dépistage communautaire dans les pays du Nord, des femmes et des homosexuels face au sida en Afrique. Au cœur de tout cela, il y a des échanges d’expériences fructueuses, mais aussi des approches qui ne font pas consensus ou plutôt des sujets de recherche qui éveillent préjugés et passions. Un quotidien de Casablanca, Al-Massae, reproche à la conférence de ne traiter que d’homosexualité et certains délégués d’Afrique font voir leur malaise sur des sujets comme celui-là. Lorsqu’on parle de la nécessité d’avoir plus d’argent pour traiter tout le monde ou de la nécessité de traiter les gens, tout cela fait consensus. Mais lorsqu’on touche aux aspects sociaux, la moralité vient hanter les lieux de l’université Hassan ll.
Youssef Shoufan, notre intrépide journaliste-reporter, nous présente deux entrevues qu’il a réalisées dans le feu de l’action.
Blandine Bila, chercheur anthropologue du Burkina Faso, nous parle de ses recherches et de sa présentation à Casablanca 2010
Viviane Namaste, chercheur et professeure rattachée à la chaire de recherche de l’Université Concordia à Montréal, parle de ses présentations à la conférence et nous livre ses impressions.
La présence des PVVIH à la conférence reste un mystère pour moi. Confidentialité oblige, bien sûr, mais alors que dans d’autres forums internationaux les PVVIH sont souvent visibles et interviennent avec vigueur, ici, non. Comme nous le soulignait lundi Jean-Marc Bithoun, on ne sent pas cette présence à Casablanca 2010. S’il y a d’autres séropositifs du Québec ou du Canada à part moi, je ne les ai pas vus. J’ai reconnu quelques visages familiers de séropositifs français, deux ou trois séropos marocains, mais les délégations des pays africains et des autres pays sont majoritairement composés de chercheurs et membres d’associations (hommes ou femmes) séro-concernés, oui, mais séropositifs, pas forcément ou en tout cas pas publiquement. Est-ce un drame ? Non. Mais c’est certes un appauvrissement au chapitre des discussions. D’ailleurs, la salle de repos pour les personnes séropositives reflète bien cette absence ou cet anonymat. Deux petits sofas de cuir blanc dans un coin, des gens sérieux réunis autour d’une table et qui semblent surpris que quelqu’un entrouvre la porte, un médecin (ou est-ce un infirmier ?) au fond de la petite salle. On nous avait expliqué qu’on se rend en ce lieu sur rendez-vous. Il faut sans doute avoir un malaise quelconque pour y aller. Côté précautions médicales, c’est une excellente initiative, mais côté respect des principes GIPA, on aurait pu faire mieux.


