L’expérience vécue à la conférence
Jeudi 7 août
Il est évident que l’expérience d’une conférence d’une telle envergure n’est pas la même pour tous. Chaque personne y va selon ses intérêts dans le choix des sessions ou évènements qu’elle veut suivre. J’ai donc fait un petit sondage auprès de trois des 27,000 délégués. Tout un échantillon, me dira-t-on ! Mais c’est la qualité qui compte dans ce cas-ci, bien entendu.
D’abord, Pierre Côté, médecin à la clinique médicale Quartier latin à Montréal, qui vient aux conférences internationales sur le sida pour le « happening VIH » c’est-à-dire pour voir en un seul lieu le VIH dans son ensemble avec ses spécialistes, ses intervenants et les personnes séropositives du monde entier, avec tout ce que cela comporte de pratiques et de points de vue différents. Selon Dr Côté, la plus grande force de cette conférence de Mexico n’a pas été ses nouveautés scientifiques, mais plutôt l’importance accordée à la prévention et aux droits humains. Ce qui l’a particulièrement intéressé au sujet de la prévention, c’est qu’elle a été abordée ici avec une approche médicale et pas uniquement comportementale. Il donne comme exemple la circoncision qui permet de réduire de 60% les transmissions ou cette nouvelle manière de voir le traitement du VIH dans l’optique de réduire également la transmission. Les Recommandations suisses sont évidemment au cœur de cette nouvelle perspective, mais si Pierre Côté se félicite du soulagement que les Recommandations apporte à ses patients sur le plan de l’estime de soi, il reste craintif sur la façon dont ils peuvent appliquer cette nouvelle dans leurs pratiques sexuelles. La criminalisation de la transmission du VIH est un aspect qui l’inquiète également. Le cas de « Diane » condamnée pour ne pas avoir dévoilé son statut est épouvantable selon lui. Dr Côté craint les conséquences que cette condamnation entraîne dans son sillon, c’est-à-dire que plus personne ne cherchera à connaître son statut sérologique de peur que les résultats soient positifs. Finalement, Pierre Côté a bien aimé Mexico et l’organisation presque sans faille de cette immense conférence.
Pour sa part, Bruno Lemay, intervenant en info-traitements au Portail VIH-sida du Québec nous entraîne dans une visite guidée de la clinique Condessa à Mexico, visite organisée par Mexico 2008.
« La clinique Condessa existe depuis 2000. Elle est la plus grande clinique VIH et ITS en Amérique latine et la seule à Mexico. Les services qu’on y trouve : traitement VIH, test VIH, tests anonymes, counselling, nutrition, psychologue, massage et une petite pharmacie plutôt rudimentaire. La clinique compte 120 employés, 22 docteurs dont 3 infectiologues et un psychiatre. Les patients ont accès à 22 antirétroviraux. La clinique travaille en collaboration avec 28 hôpitaux (5 fédéraux) notamment pour les soins palliatifs. Il y a plus de 6000 patients dont 95% sont des hommes. Nous avons vu des photos de patients avec leurs carnets médicaux. Tous les dossiers sont écrits à la main et nous avons pu lire le livre des registres (bonjour la confidentialité !). Autre pays, autres mœurs. Une visite informative et plaisante qui s’est terminée dans un petit auditorium où l’on pouvait poser des questions à 3 patients de la clinique (exercice assez bizarre…malaise…).Une clinique toute blanche, avec aucune affiche ou pub ou info sur les murs. J’ai eu un peu de difficulté à comprendre leur système de gratuité des soins. Un petit lunch nous a été servi à la fin, et un petit cadeau nous a été remis. »
Je vous invite à lire aussi les capsules traitements à Mexico de Bruno Lemay sur ce lien
Puis, les réflexions d’une étudiante, saisies au vol, et qui regrettent que des gens importants (entendons les chefs d’États entre autres) ne soient pas là, qui regrette aussi le gaspillage de papier qu’entraîne la conférence. Il est vrai que c’est plutôt la démesure sur cet aspect. Elle a par contre aimé la place donnée aux problèmes des femmes à Mexico 2008 : « Les thèmes étaient mieux choisis et les discussions plus critiques qu’à la conférence de Toronto en 2006 ». Elle repart plutôt contente, mais pas particulièrement « inspirée » par son expérience.
Albert Martin
La présence de Fréquence VIH à Mexico 2008 a été rendue possible grâce à la générosité du Portail VIH-sida du Québec


