Note : les Actualités VIH font relâche (quelques jours).
Une conférence sur le sida ou sur l’ostracisme ?
Dimanche 10 août
Retour à Montréal
Tant d’images et de paroles reprises par toute la presse dans le monde entier et pourtant, donnez-leur des jeux (olympiques ou pas) et ils nous oublient déjà.
Pour les personnes séropositives, cette conférence a été un des meilleurs moyens pour crier notre exaspération sur les mensonges que cachent les chiffres officiels. Les chiffres trafiqués de l’épidémie parce que les vrais chiffres contreviennent aux valeurs morales de plusieurs. Les chiffres ignorés par la santé publique et les États parce qu’ils touchent les pervers que nous sommes, homos, drogués, transgenres, prostituées. Les chiffres sans importance parce qu’ils touchent les femmes et les enfants, ce bétail qu’on exploite et qu’on jette une fois improductifs.
On a parlé beaucoup et surtout (enfin !) des droits humains à Mexico 2008. De remarquables paroles ont été prononcées par des responsables politiques courageux, responsables des pays émergents comme dit le jargon. Les nôtres, les G8ièmes et leurs valets sont restés plutôt silencieux. Que vaudront ces bonnes paroles ? Seront-elles suivies d’actions qui changeront nos vies quotidiennes ? À quel moment sortirons-nous collectivement de l’ostracisme pour vivre sans crainte au grand jour, à visage découvert ? Que valent les droits humains quand pour la majorité des hommes de la Terre nous, personnes séropositives, sommes si peu des humains ? On fait tache et on est si gênants pour leur bonne conscience qu’ils nous accordent un peu de temps pour nous observer de loin et nous entendre tous les deux ans, histoire de croire eux-mêmes et de nous faire croire que leur monde à eux va changer et nous ouvrir les bras.
Alors qu’au contraire, il se ferme de plus en plus. On veut nous appâter avec des lois qui nous protègent, alors qu’elles cherchent à faire de nous des criminels. On veut nous protéger en nous fichant, en nous montrant du doigt, en nous forçant à dévoiler qui nous sommes pour mieux nous attraper quand viendra le temps de nous accuser. On veut nous ignorer, en niant que les hommes font aussi l’amour avec des hommes dans tous les pays du monde et dans toutes les prisons de tous les pays, en niant que les femmes et les enfants ont autant de droits que les hommes, en niant que les usagers de drogue, les travailleurs et travailleuses du sexe existent et ont aussi de droits comme tous ceux et celles qu’on appelle les groupes vulnérables et que ces groupes sont vulnérables parce qu’on les ignore. On veut rendre accessibles les traitements, alors qu’on chipote sur les engagements déjà pris. On dit que de plus en plus de gens sont traités dans le monde et la presse claironne « Tout va très bien, Madame la marquise ». Sauf qu’on ne dit pas qu’on donne encore du d4T (Stavudine ou Zerit) à des personnes atteintes qui n’ont pas d’autres choix que de prendre cette molécule dont on ne veut plus ici parce qu’elle a fait chez nous son lot de lipodystrophiés. Que les Africains se débrouillent ! Après tout, on leur donne si généreusement. On ne dit pas que des stocks de médicaments ne sont pas donnés aux personnes atteintes parce qu’ils sont détournés ou abandonnés dans des hangars faute de personnel pour les distribuer ou de médecins pour les prescrire. On ne parle pas des milliers de personnes qui meurent du sida dans le silence, sans se faire soigner, parce qu’elles préfèrent mourir « sans le dire » à mourir dans la honte et l’oubli.
Tout cela c’est le monde du sida et c’est celui de l’ostracisme tranquille des bien-pensants retranchés dans leur forteresse. Des gens nous ont montré à Mexico comment la prendre d’assaut cette forteresse, comment y faire quelques brèches, des hommes et des femmes de courage venus de plus de 190 pays. Et nous ? Que faisons-nous ? Resterons-nous toujours tétanisés par l’indifférence ou la peur ? L’indifférence pendant que d’autres décident que la meilleure prévention est l’interdiction et ne peut pas être la réduction des risques autant pour la drogue que pour le sexe. La peur pendant que des juges pénalisent notre silence complice de criminels infectants.
En terminant, espérons que cette conférence de Mexico, stimulante et frustrante à la fois, nous plonge réellement dans l’action comme elle le voulait au départ. Cela dépend de nous, mais aussi de ces milliers de personnes séronégatives présentes à nos côtés et qui consacrent leur vie à défendre la nôtre. La prochaine conférence internationale sur le sida se tiendra du 18 au 23 juillet 2010 à Vienne en Autriche sous la gouverne du canadien Julio Montaner, nouveau président de l’IAS (International Aids Society) l’organisatrice de cet événement.
Albert Martin
La présence de Fréquence VIH à Mexico 2008 a été rendue possible grâce à la générosité du Portail VIH-sida du Québec


