C’est le 1er décembre dernier qu’avait lieu le 13ième Symposium sur les aspects cliniques de l’infection par le VIH à Montréal, évènement organisé par le Programme National de Mentorat sur le VIH/sida (PNMVS). J’ai eu le plaisir d’y assister, en compagnie d’Albert Martin, bénévole au secteur info santé et traitement du CPAVIH et président de Fréquence VIH. Dans un environnement chaleureux, propice à l’apprentissage et rempli de médecins, infirmiers et travailleurs du milieu VIH, les présentateurs ont, dès le départ, donné le ton à cette journée studieuse et riche d’enseignement.
Voici un bref résumé de quelques-unes des présentations.
En introduction, c’est le Dr Pierre Côté, président du PNMVS qui s’est occupé du mot de bienvenue. Dr Côté est également revenu plus tard pour nous présenter le nouveau guide pratique de la prise en charge et le traitement des personnes co-infectées par le VIH/VHC. Ce guide, rédigé par un comité d’experts et produit en collaboration avec le ministère québécois de la santé et des services sociaux, s’adresse aux intervenants. Un guide complet où l’on y retrouve entre autres des tableaux d’interprétations de résultats, les tests indiqués dans le suivi de la personne co-infectée avant et pendant le traitement, les ajustements de doses et les interactions avec les antirétroviraux ainsi que des indications face aux complications et effets indésirables associés au traitement du VH. Ce document est téléchargeable en format PDF à droite de l’écran.
Toujours du côté de l’hépatite, le Dr Marc-André Charron y est allé d’une présentation complète de l’hépatite B dans le contexte de la co-infection avec le VIH. En plus de nous donner un portrait juste de l’épidémiologie et de l’histoire naturelle de la co-infection VHB/VIH, le Dr Charron a identifié pour nous les indications de traitement avec les régimes thérapeutiques ainsi que les médicaments utilisés pour traiter le VHB. À la lamivudine, l’adefovir et le tenofovir s’ajoute l’entecavir (Baraclude), un puissant analogue de la guanosine récemment approuvé au Canada pour le traitement de l’hépatite B. Et pour améliorer le traitement, encore peu maîtrisé du VHB, une quinzaine de molécules sont présentement à l’étude, donc plus de choix à venir.
Les Drs Danielle Rouleau et Jean-Guy Baril nous ont présenté la version définitive des nouvelles lignes directrices québécoises sur le traitement du VIH/sida alors que le Dr Bernard Lessard a mis le point final à propos des arrêts de traitement. Pour les nouvelles lignes directrices, le Comité consultatif ajoute le Telzir (fosamprenavir, GSK) comme choix en traitement de première intention, mais préfère attendre plus de données pour supporter l’ajout du Reyataz (atazanavir, BMS) également en première intention. Pour ce qui est des transferts de traitement, Dr Baril nous a entre autres mentionné que le transfert d’un analogue de la thymidine (D4T, AZT) vers l’abacavir ou le tenofovir pourrait renverser ou prévenir la lipoatrophie. Le Dr Lessard a terminé cette session en concluant que les arrêts de traitements ne sont en général pas recommandés en pratique clinique.
Le Dr Benoit Trottier nous a livré une excellente présentation des nouveautés en terme de traitement ARV. Du coté des molécules à venir, les nouveaux inhibiteurs de co-récepteurs CCR5 Maraviroc et Vicriviroc, le puissant inhibiteur de l’integrase MK-0518 ainsi que l’inhibiteur non-nucléositique TMC-125 ont été présentés. Dr Trottier a ensuite exposé les études RESIST et POWER (1-2-3) pour le tipranavir et le darunavir respectivement, 2 molécules récemment approuvées au Canada. De plus, il nous a parlé de quelques nouvelles ou récentes formulations dont Truvada, Kivexa et Invirase 500, sans oublier la très attendu Atripla.
Le Dr Yves Hébert, omnipraticien et médecine esthétique, a dressé un tableau complet des traitements esthétiques de la lipodystrophie. Le syndrome complet de la lipodystrophie est déclenché par un régime thérapeutique incluant un IP, mais plusieurs autres facteurs jouent un rôle, comme la présence d’un INTI, l’âge, l’hérédité et d’autres facteurs reliés au VIH dont la durée et la sévérité de l’infection. Ce syndrome complexe peut entraîner des complications métaboliques (dyslipidémie, résistance à l’insuline et diabète) mais aussi des anomalies morphologiques comme la lipoatrophie (perte de gras au visage, aux membres et aux fesses) et la lipoaccumulation (accumulation de gras intra abdominale, bosse de bison, gynécomastie graisseuse, lipomes et goitre). Les techniques réparatrices sont variées et beaucoup d’attention a été portée sur les produits de remplissage pour la lipoatrophie du visage. Les deux produits approuvés et principalement utilisés au Canada sont le Sculptra et le Bialcamid.
Le docteur Benoît Deligne, interniste à l’UHRESS du CHUM, a présenté l’atelier Vieillissement et VIH, où plusieurs des participants ont appris beaucoup sur les particularités du vieillissement de la personne infectée. Après avoir établi l’âge de la vieillesse chez les personnes atteintes, soit 50 ans, ce qui a provoqué quelques protestations amusées, Dr Deligne a souligné une des premières particularités du vieillissement chez les séropositifs, l’hypogonadisme qui affecte 20% des hommes atteints. En d’autres termes, 20% des hommes séropositifs de plus de 50 ans ont des taux d’hormones sexuelles trop bas ce qui peut entraîner de la fatigue, une perte de libido et même un amaigrissement important. Les options thérapeutiques font toutes appel à la testostérone. Autre problème plus fréquent encore que l’hypogonadisme, la dysfonction érectile (50% des patients VIH) qui est rarement reliée à l’hypogonadisme, mais plutôt à des facteurs psychogènes. Elle se traite avec le Viagra ou le Cialis, mais à des doses réduites si la personne est sous ARV (particulièrement en présence de Ritonavir). Enfin, l’ostéopénie/ostéoporose, déséquilibre vers une résorption de la matrice osseuse, affecte un grand nombre de PVVIH hommes ou femmes. Il n’y a pas de recommandations thérapeutiques spécifiques au VIH, cependant faire de l’exercice est toujours indiqué et, comme mesures pharmacologiques, prendre des suppléments de calcium et de vitamine D peut s’avérer nécessaire.
La journée ne peut pas être résumée sans mentionner la présence de Mme Micheline Fauvel et du Dr Raphaël Bitera (Portrait du VIH au Québec), du Dr Claude Fortin (Syphilis, LGV et herpès génital) ainsi que celle du Dr Benoît Côté (dermatologie et VIH). En somme, un Symposium sur les aspects cliniques de l’infection par le VIH qui fut un grand succès.
Bruno Lemay, Agent d’information senior en santé et traitement, CPAVIH



