Question d’argent et de pilules

Texte publié le jeudi 2 juin 2005.

Je viens de terminer la lecture d’un article de la revue TraitementSida de CATIE (Réseau canadien d’info-traitements sida) qui concluait, suite au constat d’une étude comparative sur l’efficacité entre une trithérapie et une quadrithérapie, que « les médicaments actuellement sur le marché ne permettent pas de supprimer intégralement la production de nouveaux virus. Cela veut dire que nous aurons besoin d’autres médicaments si nous espérons guérir l’infection au VIH. » C’est comme si présentement, grâce aux différentes combinaisons d’antirétroviraux, après en avoir décimé la quasi-totalité, on entretenait le reste, quelques copies de notre virus, en dormance, en hibernation, complètement stone. Pendant que notre virus dort, les médicaments antirétroviraux (avec l’assurance de l’OMC qu’ils n’auront pas à APDICer avant 20 ans) prennent la relève et se paient le party en effets secondaires : troubles hépatiques et cardiaques, douleurs périphériques, troubles digestifs, manque d’appétence, lipodystrophie sous toutes ses formes, et j’en passe.

Ce qu’il faut cependant constater, c’est que la recherche sur les vaccins est sous-financée parce que moins intéressante au plan économique. Il est plus intéressant ($$) de vendre des pilules qui maintiennent en vie plus longtemps quelques copies d’un virus finalement bien payant pour certains...

Le leadership en regard de la santé publique ne devrait-il pas revenir au secteur public, guider par des élus bien informés et des citoyens responsables pas seulement au quatre (ou cinq) ans ? Les réformes qu’il faut en santé ne passent pas par les PPP, mais par un leadership public dans la gestion de la santé publique. Comment se fait-il que, quand on parle de coûts du système de santé, on ne dénonce pas l’énormité du prix des médicaments eu égard à leur réel coût de production, avant le marketing, le lobbying, la marge de profit des actionnaires, mais après la recherche & le développement ? Il me semble qu’il y a du ménage à faire là-dedans, avant de couper dans des services et de les refiler au privé.

« Anectode » : un ophtalmologiste du Centre-ville de Montréal (et probablement tous les ophtalmologistes privés au Québec) m’a chargé 20$ pour quelques goûtes anesthésiantes, après avoir fait chik-a-chik avec ma carte soleil, ça fait cher la goutte...Une taxe privée, en plus du salaire public octroyé par ma carte soleil, vive le privé !

Est-ce que le seul but dans la vie des chercheurs et des autorités médicales et politiques est d’entretenir cette frénésie ruineuse non seulement pour notre santé, mais pour nos finances publiques et l’équité entre nous tous, riches, pauvres ou de la classe moyenne ? Le statu quo est intenable. Des gestes timides sont faits, comme pour faire passer une pilule... bleue. Comme pour se refaire une image et entretenir les vannes de la manne. Une pilule, une p’tite granule, une puff de pote, c’est bien, mais pendant ce temps, le virus continue son œuvre et, parallèlement, l’enrichissement de la classe des actionnaires et dirigeants grassement payés.

Pourquoi notre épargne collective ne contrôlerait-elle pas ce secteur de notre vie ? Que nos fonds de pension servent à financer notre santé, il me semble qu’il y a une logique là-dedans. Il s’agirait de « compétitionner » le secteur privé pour redonner au secteur de la santé son caractère public, universel et accessible à tous. Il serait plus simple d’exercer un réel leadership politique et de mieux encadrer l’industrie, mais pour ça il faut des couilles. Et nos dirigeants politiques n’ont peut-être pas l’intérêt... d’en avoir ! Moi, si. Et vous ?

Luc



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