Quand l’union fait la force des PVVIH
Les assemblées générales annuelles de CATIE et du CCSAT
Les 13 et 14 octobre 2007 se tenaient à Toronto deux assemblées générales annuelles, celle de CATIE (Réseau canadien d’info-traitements sida) et celle du CCSAT (Conseil canadien de surveillance et d’accès aux traitements). Pour cette occasion, les deux organismes pancanadiens ont uni leurs ressources et leurs efforts pour tenir ces événements aux mêmes dates et dans un même lieu. Cela a permis aux organismes et aux délégués de sauver temps et argent, de faire des rencontres, d’approfondir des liens avec leurs semblables venus des quatre coins du pays et de faciliter le réseautage entre les membres des deux organisations. En plus d’assister à la journée de perfectionnement des compétences du CCSAT, il était facile de profiter des ateliers de CATIE qui avait organisé une conférence éducative la journée du samedi. Cela nous a donné un concentré de nouveautés et d’informations sur une courte période de temps. Le déroulement de l’événement s’est fait sans heurts dans une atmosphère amicale et efficace.
Les faits saillants…
CATIE : promoteur de prévention (le communiqué de CATIE parle de « courtier en échange de connaissances », une expression qui laisse perplexe)
Première nouvelle qui risque d’en étonner plusieurs, CATIE va désormais s’investir dans la prévention. En effet, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a décidé d’accorder à CATIE l’enveloppe budgétaire consacrée à cette activité. Est-ce que cela veut dire que CATIE tiendrait le rôle du Centre canadien d’information sur le VIH/sida ? Pas forcément, mais cela risque d’apporter quelques bouleversements. Même si CATIE a la main haute sur les budgets de prévention, il n’est pas interdit de croire que les ressources humaines et techniques du Centre canadien sur le VIH/sida continueront d’agir, sous la gouverne de CATIE. Il y a encore un certain flou sur cette question et ce flou était palpable dans le Toronto brumeux de ce week-end-là. Le tout devrait s’éclaircir dans les mois à venir. CATIE va lancer un vaste processus de consultation auprès des organismes VIH-sida du Canada et du Québec pour sonder les cœurs et les reins afin de développer un plan stratégique sur cette question. Cet élargissement du mandat de CATIE peut être vu comme une évolution logique et souhaitable. Après tout, cela risque de nous assurer que les personnes séropositives feront entendre leurs voix à propos des campagnes de prévention qui les concernent et de celles qui visent le public en général. Ce qui n’est pas rien.
CATIE et l’hépatite C
Grâce à un financement gouvernemental ontarien, CATIE offrira des programmes de formation et de sensibilisation sur l’hépatite C pour différentes organisations de la province de l’Ontario. Ce projet sera d’abord axé sur la prévention et la réduction des risques, mais abordera évidemment aussi la co-infection VHC/VIH. Un site Web consacré à l’hépatite C est également prévu. Il est à parier que cette « expansion » de CATIE dans le domaine de l’hépatite C, pour l’instant limitée au territoire de l’Ontario, finira bien par s’étendre au-delà.
Les autres points forts à CATIE
CATIE va lancer incessamment un nouveau guide de la nutrition. Ce guide présente à peu près tout ce qu’il faut savoir sur la nourriture et le VIH, la nourriture et les effets secondaires des médicaments, de multiples conseils et plusieurs tableaux explicatifs. En prime, le guide offre également, le dernier Guide alimentaire canadien. La présentation de ce Guide à l’A.G.A. de CATIE a été un événement très apprécié et très couru, la petite salle prévue à cet effet était emplie à pleine capacité.
Au chapitre de la popularité, il faut souligner celle de l’atelier intitulé « Est-ce le VIH, la multithérapie ou tout simplement les effets du vieillissement ? » donné par Michael Bailey. L’atelier était donné en français et pourtant plusieurs des personnes présentes étaient anglophones. De plus, une bonne part de l’auditoire était jeune. Ce qui donne la mesure de l’intérêt que suscite le sujet du vieillissement chez les personnes atteintes. Michael Bailey a dressé un portrait très bien documenté de la recherche et des questionnements soulevés. On estime que d’ici dix ans au Canada 20 % des PVVIH auront plus de 50 ans. On vieillit avec le VIH comme avec toute autre maladie, mais le VIH et ses traitements font vieillir autrement, différemment, et c’est cet « autrement » que l’atelier explorait avec brio. Un autre atelier fort apprécié fut celui présenté par Sean Hosein, rédacteur scientifique et médical à CATIE, sur les « options pour les PVVIH déjà prétraitées ». Ce fut une présentation captivante qui dressait un tableau complet des médicaments, les nouveaux en particulier, et l’échange avec l’auditoire était tout aussi captivant.
Autre nouvelle étonnante et intéressante, la majorité des visites sur le site Internet de CATIE provient des pays de la Francophonie. Ce qui laisse entrevoir peut-être une présence plus grande de la langue française à CATIE. En tout cas, les informations sur le VIH-sida de CATIE semblent appréciées par le public francophone.
Pendant ce temps au CCSAT…
La grosse nouvelle du CCSAT à cette rencontre de Toronto est que l’organisme a réussi à débloquer un dossier sur lequel il travaille depuis longtemps, le cadre d’homologation progressive des médicaments. Le CCSAT va mener un projet pilote pour développer cette approche. C’est donc, autrement dit, la communauté VIH elle-même qui sera la première à tester ce processus complexe à expliquer, mais qui vise essentiellement à suivre à la trace le « cycle de vie » des médicaments. Démarche importante et vitale même, puisqu’elle implique un meilleur suivi de chaque molécule destinée aux PVVIH et une meilleure analyse des résultats.
Pour conclure, il y a eu, bien sûr, la tenue des deux assemblées générales annuelles. À celle de CATIE, Terry Pigeon a été réélu à la présidence et un hommage particulier a été rendu à Patrick Cupido, un trésorier « hors pair » qui se retire après s’être dépensé sans compter. Au CCSAT, sans surprise, la dynamique Louise Binder a été réélue à la présidence et le siège du Québec est toujours occupé par José Sousa, en compagnie de Bruno Lemay du CPAVIH et de Ken Monteith de la COCQ-sida. En somme, deux assemblées générales rondement menées, sans débordements excessifs. On était à Toronto, quand même !
Albert Martin