J’ai assisté le 19 octobre dernier à Montréal à un déjeuner-conférence du Comité Québec de Rx&D, représentant les compagnies de recherche pharmaceutique du Canada. Pour l’occasion, Rx&D a réuni des représentants de plusieurs associations oeuvrant auprès de personnes vivant avec un problème de santé chronique (diabète, épilepsie, cancer, lupus, VIH/sida, etc.). La rencontre visait à dégager des enjeux prioritaires communs aux compagnies pharmaceutiques et aux associations.
Selon les dires du conférencier Russel Williams, ancien politicien libéral et actuel président de Rx&D, les compagnies de recherche pharmaceutique investissent environ un milliard de dollars en recherche et développement au Canada, dont 50 % au Québec. M. Williams estime, entre autres choses, que 1 $ investi en recherche et développement se traduit par 7 $ d’économie en matière de frais de santé.
Les échanges qui ont suivi la présentation de M. Williams ont permis de confronter les points de vue sur les enjeux prioritaires. La question de l’accès rapide aux nouveaux médicaments a fait l’objet d’échanges intéressants sur l’éthique, la sûreté des nouvelles molécules et leur faible valeur ajoutée sur un plan sanitaire. Ces arguments sont venus réfréner, de la part de représentants des personnes malades, le désir de voir se développer toujours plus de médicaments sans qu’une surveillance adéquate de leur développement y soit associée. À noter qu’il faut ici faire une différence entre les médicaments qui améliorent la qualité de vie du malade et ceux qui lui sauvent la vie, ce qui est très souvent le cas des médicaments anti-sida pour les personnes en échec de traitement.
Le principal enjeu qui se dégage des échanges a trait au manque de recherche et de suivi post-homologation des effets secondaires des médicaments et à la question de la douleur chronique. Dans le contexte où le gouvernement fédéral conservateur vient tout juste de supprimer le financement public du Programme de recherche sur la marijuana à des fins médicales, cette question est d’autant plus d’actualité.
À l’évidence, les produits pharmaceutiques ne peuvent représenter à eux seuls la solution aux problèmes de santé publique que nous vivons. Outre la nutrition et l’exercice, une approche de santé globale efficace doit intégrer l’apport de produits complémentaires (co-enzyme Q10, L-carnitine, acide alpha-lipoïque, etc.) venant atténuer les effets secondaires des médicaments. Ces produits complémentaires peuvent souvent remplacer à moindre coût des produits pharmaceutiques utilisés pour lutter contre la douleur. L’intérêt pour ces produits devrait pourtant sauter aux yeux des autorités de santé publique qui doivent continuellement rechercher des moyens de couper dans les dépenses de santé. La recherche sur ces produits est cependant nécessaire pour mieux en connaître les avantages et les risques.
Un autre enjeu qui s’est dégagé des échanges a trait à la mobilisation des ressources pour l’éducation des patients et des intervenants de la santé à propos de la prise des médicaments. « Aidez-les à vous soigner » est l’expression utilisée par un participant à l’adresse des patients au sujet de la relation patient-médecin souhaitable tant pour l’un que pour l’autre.
Les questions de l’aide aux aidants, de la recherche sur les maladies orphelines, ainsi que sur les causes plutôt que les symptômes des maladies ont également été soulevées à titre d’enjeux prioritaires.
Ternie par certains scandales (Vioxx, éthique de certains essais cliniques) et des positions difficilement défendables sur l’accès aux antirétroviraux dans les pays endémiques, l’image de l’industrie bénéficierait grandement d’une approche plus en accord avec la santé publique qu’avec le profit des actionnaires. La question de la distribution de médicaments ayant des effets lipodystrophiques dévastateurs connus (D4T) auprès des personnes malades dans les pays endémiques au VIH/sida représente l’exemple courant de situation inacceptable sur laquelle l’industrie doit agir.
Le fait est que les préoccupations de santé publique sont, par définition, du ressort des autorités sanitaires publiques. Elles n’étaient d’ailleurs pas très présentes lors de cette rencontre du 19 octobre dernier. Étant donné la nature des enjeux qui sont ressortis de cette rencontre, leur présence est plus que nécessaire pour établir un réel échange à trois, entre associations de patients, industrie pharmaceutique et autorités publiques, afin de « progresser sur le chemin d’un mieux être collectif... » (Citation de Denise Cloutier de Pfizer Canada inc. tirée du cahier du participant).
Il sera intéressant de voir comment l’industrie pharmaceutique prendra en considération l’avis des associations consultées. Verra-t-on dans les prochaines années une part accrue des investissements en recherche et développement de l’industrie pharmaceutique faits au Canada (1 $ milliard) et au Québec (500 000 $) qui tiendra compte de ces avis ? Sinon, à quoi bon réunir des associations de personnes malades pour recueillir leur opinion ?
Luc Gagnon


