« La constance du jardinier »... quand un continent devient cobaye

Texte publié le samedi 17 septembre 2005.

FRÉQUENCE VIH, dimanche, 18 septembre 2005

« La constance du jardinier » est un film qui dérange...

Une activiste découvre des pratiques criminelles de la part de compagnies pharmaceutiques qui testent l’efficacité et les effets secondaires d’un traitement pour la tuberculose sur des patients séropositifs kényans. Des traitements que l’on fournit dans la mesure où les patients signent un « consentement éclairé » qu’on ne leur explique pas vraiment. Et s’ils ne signent pas, on leur refuse les antirétroviraux qui pourraient leur permettre de combattre le virus du Sida.

Dans ce film basé sur un roman de John Le Carré, comme dans la réalité dans bien des cas, le continent africain est devenu un vaste champ d’expérimentation pour des compagnies pharmaceutiques qui viennent y tester des médicaments aux effets secondaires trop souvent mortels. Ces tests que l’on pourrait difficilement faire en Occident pour des raisons d’éthique de la recherche. Et que l’on pratique là-bas, pour le bien de la science... des portefeuilles d’actions en bourse des compagnies pharmaceutiques et pour le bénéfice des riches patients occidentaux que nous sommes. Ces médicaments sont fournis aux patients africains le temps des « essais cliniques ». Ensuite ? Pour ceux qui ne seront pas morts dans l’expérimentation, il reste la mort lente causées par les effets secondaires et le sida.

Le tout se déroule dans l’indifférence quasi totale de la communauté internationale. Mis à part ces quelques activistes qui risquent leur vie pour documenter ces pratiques inhumaines, mais qui finissent trop souvent muselés par la peur et les représailles. Car l’argent achète non seulement le silence et la complicité des dirigeants africains et occidentaux, mais aussi les hommes et les armes qui vont réduire au silence ceux qui osent dénoncer cette barbarie des temps modernes.

« La constance du jardinier » est un film qui dérange. À voir par tous ceux et celles qui veulent nourrir leur rage et leur compassion face au génocide sanitaire qui se déroule présentement en Afrique dans cette indifférence quasi générale que le contrôle de l’information permet d’entretenir. Le monde est à vomir.

Luc Gagnon

p.s. n’hésitez pas à nous faire part de votre propre critique du film (ou du roman dont il est tiré)...

La constance du jardinier : (The Constant Gardener, v.o.) Suspense. Durée 2h09. Réalisateur : Fernando Meirelles. Acteurs : Ralph Fiennes, Rachel Weisz



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