Les Journées québécoises VIH 2008

Texte publi� le dimanche 23 mars 2008.

Du jeudi 6 mars au samedi 8 mars, les Journées québécoises VIH 2008 ont bravé une tempête hivernale mémorable pour nous offrir des présentations aussi diversifiées que les flocons tourbillonnants sur les immenses baies vitrées du centre Sheraton à Montréal.

Avec l’humour qu’on lui connaît, le docteur Mark A. Wainberg a donné le coup d’envoi à ces moments d’échange (trop brefs selon plusieurs) entre les milieux de la recherche VIH français et québécois. Toutes les présentations ont été d’un haut niveau, parfois difficile à saisir, mais comme un expert m’a avoué lui-même ne pas tout comprendre cela m’a rassuré. Malgré cette complexité, une certaine fascination et un plaisir évident marquaient les discussions sur les découvertes et les enjeux les plus récents. Dans cet exercice de haute voltige, chacun et chacune parlaient de mutation, de résistance, de tropisme, de contrôleurs élites ou d’hypersensibilité avec passion. Était-ce l’atmosphère de la tempête ? J’ai gardé l’impression d’avoir côtoyé quelques heures de grands enfants qui s’amusaient avec les clefs du vivant. C’est de toute façon sur ce terrain de jeu que la recherche et la médication nous invitent depuis quelques années.

Le doute abacavir et le bûcher des certitudes

Cette rencontre a permis de bousculer des a priori et d’ébranler quelques certitudes. C’est un de ses grands mérites. En premier lieu, l’étude DAD (avec 30,000 patients) a montré, un peu malgré elle, que l’abacavir augmentait le risque d’infarctus du myocarde de 94 %, en particulier chez les sujets présentant des prédispositions. Une douche froide qui nous rappelle que les médicaments ARV n’ont pas tous une histoire assez longue pour nous prévenir des dommages qu’ils peuvent causer. Le cas de l’abacavir, révélé à la dernière conférence CROI, a surpris tout le monde. On ne s’attendait pas à ce que ce médicament provoque un tel effet ; on aurait accusé bien d’autres molécules avant celle-là.

Pendant ce temps, on continue à prescrire à grande échelle le D4T (stavudine), pourtant bien connu pour provoquer la lipodystrophie, dans des pays pauvres où le choix des ARV est réduit et où l’on commence à constater là aussi les ravages de cet effet secondaire stigmatisant. Cette horrible lipo, on en comprend mieux les causes maintenant. Dr Jacqueline Capeau a bien mis en évidence dans sa présentation que la piste de l’inflammation des tissus adipeux est celle qu’on doit explorer. En plus des traitements réparateurs encore nécessaires, mais toujours non remboursés au Québec, de nouvelles molécules prometteuses pourraient aider à reconstituer le tissu adipeux. Au chapitre des promesses, il y a aussi celles des antagonistes du CCR5 comme le Maraviroc, qui sont des médicaments extrêmement efficaces, mais qui, pour l’être vraiment, ont besoin d’un soutien sophistiqué, c’est-à-dire d’un test de tropisme d’une extrême sensibilité. Il reste encore beaucoup à faire et à découvrir dans la recherche sur le corécepteur CCR5.

Plusieurs présentations nous ont appris qu’il faut également une approche sophistiquée et non simpliste des principales maladies observées chez les personnes atteintes. Certaines peuvent être associées aux effets toxiques de la thérapie, mais les médicaments ne sont pas seuls au banc des accusés. Le VIH, même sans traitement et même chez les contrôleurs élites (ces rares personnes infectées qui ne développent pas la maladie), provoque accidents cardiaques et cancers d’une manière qu’on n’arrive pas à comprendre vraiment et avec une ampleur considérable, quand on fait la comparaison entre personnes séropositives et personnes séronégatives. Cela ne veut pas dire que les traitements sont nocifs et nous donnent en prime des maladies. Ils nous sauvent la vie, c’est incontestable, mais ce qui est tout aussi incontestable, c’est qu’on commence à peine à connaître le VIH et ses secrets.

Et puis, la passion maintenant

Certains sujets ont provoqué, à juste titre, des envolées passionnées aux périodes de questions. Par exemple, le taux de cancer anal chez les gays et le fait que le nombre de cas d’ITSS a plus que doublé depuis dix ans à Montréal. Dr Cécile Tremblay a interpellé avec vigueur la Santé publique sur cette situation.

D’ailleurs, la Santé publique du Québec était présente pour la session « Aspects sociaux et comment prévenir la transmission », une session riche en débats. Joanne Otis qui abordait la question comment prévenir la transmission du VIH au Québec a parlé des nouvelles politiques suisses en matière de prévention, sujet controversé s’il en est un. Elle a reconnu que les politiques de prévention devront à l’avenir tenir compte de cette réalité maintenant admise, c’est-à-dire que la charge virale indétectable, sous certaines conditions, rend les personnes séropositives traitées beaucoup moins à risque de contamination que les personnes séropositives non traitées. Dr Jean-Pierre Routy a salué cette position et ce courage de soulever publiquement cette question aux Journées québécoises VIH, mais la passion a vite repris de plus belle.

Questionnée sur la position de la Santé publique du Québec sur le cas de « Diane » une femme séropositive condamnée sur des accusations de voies de faits graves et d’agressions sexuelles sur son ex-conjoint, madame Otis a passé le micro au modérateur de la session le Dr Gilles Lambert de la Santé publique. Celui-ci a d’abord voulu expliquer la teneur du jugement, mais le bouillant Dr Routy qui était l’expert médical dans ce procès et dont les avis n’ont pas été admis par le juge a littéralement explosé d’indignation. Après avoir souligné toutes les conséquences d’un tel jugement, le Dr Routy a été chaudement applaudi. Ce coup de sang a permis au Dr Lambert de nous informer que la Santé publique du Québec était vivement préoccupée par ce jugement et qu’elle allait clarifier les choses dans un proche avenir. Souhaitons-le !

Autres passions : celle de Bruno Spire, président de AIDES, à la défense des gays africains (1) et celle du Dr Jean Robert à qui les Journées québécoises VIH ont rendu hommage. Ce pionnier a bouleversé l’assistance en racontant l’injustice faite aux « poqués » du système, ces prisonniers à qui l’on refuse les traitements (encore aujourd’hui au Québec), ces jeunes de la rue, cette armée d’invisibles et d’exclus infectés par le VIH, mais surtout par l’hépatite C. Le docteur Robert ne décolère pas devant le sort fait à l’hépatite C dont la fréquence est beaucoup plus grande que celle du VIH au Québec et dont personne ne se préoccupe, alors qu’elle se soigne et qu’on peut en guérir. Pour conclure les Journées québécoises VIH, avec une passion teintée d’ironie, le docteur Jean Robert nous a fait la présentation de ses archives VIH depuis les débuts de l’épidémie jusqu’à aujourd’hui.

Ce diaporama commenté nous a montré les kilomètres parcourus dans le combat fait par la science et les centimètres conquis dans le combat contre les préjugés. Éclairant et déprimant à la fois.

Albert Martin

1- Écoutez l’entrevue de Bruno Spire à la radio de Fréquence VIH sur ce sujet et sur d’autres sujets abordés aux Journées québécoises VIH.



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