VIOLENCE CONJUGALE EXCUSÉE : DANGER ! DANGER !
M. Martineau, vous affirmiez récemment dans une chronique d’humeur que « une femme de 49 ans a été reconnue coupable d’avoir eu des relations sexuelles avec son conjoint sans l’informer qu’elle avait le sida. » Correction : elle n’avait pas le sida, elle était séropositive au VIH. Un journaliste digne de ce nom devrait se renseigner minimalement pour éviter de faire ce genre d’erreur. Une personne séropositive peut vivre plusieurs années avant de développer le sida.
Vous prétendez ensuite qu’il s’agit d’un crime très grave. Pourtant, la seule victime d’un crime dans ce cas est la femme qui a subi de la violence conjugale. Pour ce qui est de la relation sexuelle protégée en début de relation ce n’est pas un crime puisqu’il n’y a pas eu de victime. D’autant plus que la femme avait exigé des rapports sexuels protégés, comme le recommande la Santé publique québécoise dans un tel contexte de sérodiscordance. D’ailleurs, depuis les récentes recommandations suisses concernant les risques de transmission du VIH, nous savons qu’un virus en contrôle (charge virale indétectable) rend normalement la personne séropositive non contagieuse. Cela étant dit, avoir une relation sexuelle non protégée avec une personne que tu ne connais pas demeure vraiment irresponsable ! Il n’y a pas que le VIH que tu peux attraper : l’hépatite C, la chlamydia, les morpions et j’en passe.
Vous faites ensuite un parallèle consternant entre une relation sexuelle protégée et la roulette russe. Il s’agit d’une comparaison totalement farfelue. La probabilité de mourir à la roulette russe est de 1 sur 6. La probabilité de devenir séropositif après avoir eu une relation sexuelle protégée est quasi nulle. En passant, l’homme violent a accepté, après avoir appris la séropositivité de la femme en question, de poursuivre sa vie commune et sexuelle avec elle. Ou bien c’est un adepte de la roulette russe, ou bien il a compris qu’il n’y avait pas vraiment de risque de transmission si la relation demeurait protégée. Il faut savoir que ce n’est qu’après quelques années de vie commune que l’homme aurait subitement utilisé ce prétexte pour tenter de punir sa femme de vouloir le quitter pour des raisons de violence familiale envers elle et son fils. Pourtant, le juge a excusé l’homme d’avoir violenté sa femme et son fils… parce qu’il avait eu une relation sexuelle protégée avec elle quelques années plus tôt sans qu’elle lui fasse part de son statut sérologique. Vous appelez ça un verdict juste ? Pas moi. J’appelle ça une vengeance perfide. Et le pire, c’est que l’homme pourrait s’en tirer blanc comme neige !
Vous avez raison sur le fait qu’il n’y a qu’un seul code criminel. Et la violence conjugale est un motif de crime. Une relation sexuelle protégée n’en est pas un.
Vous avez également partiellement raison concernant l’octroi des subventions pour lutter contre le VIH-sida. Il est vrai que d’entendre un discours aussi réactionnaire de la part d’un chroniqueur en 2008 démontre clairement un manque d’éducation et de formation auprès des journalistes.
Luc Gagnon, Montréal


